Par Peter Wood
6/24/2019

Par David R. Boyd, rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’homme et de l’environnement et professeur agrégé en droit, en politiques publiques et en durabilité de l’université de la Colombie-Britannique et Peter Wood, directeur national de campagne, Droits environnementaux, Fondation David Suzuki. 

Lorsque le Canada a adopté les soins de santé universels à la fin des années 1960, il a marqué un virage important dans la perception que les Canadiens avaient d’eux-mêmes et envers les autres. La santé publique est devenue un bien commun. Le mouvement actuel en faveur des droits environnementaux pourrait annoncer un virage semblable dans la façon dont nous prenons soin les uns des autres et de notre pays. La pression en faveur d’un nouveau pacte vert stimule encore plus l’adoption de ce virage.

Tout comme pour les soins de santé universels, les droits environnementaux et l’adoption d’un nouveau pacte vert (Green New Deal en anglais) obtiennent l’appui de l’ensemble de l’axe politique. Selon un sondage récent, plus de 90 pour cent des personnes interrogées estiment que le Canada devrait reconnaître le droit à un environnement sain dans la législation canadienne. Bien qu’issu des États-Unis, le Green New Deal jouit d’un appui considérable de ce côté-ci de la frontière — de la part des sympathisants de tous les principaux partis. Un sondage récent indique que 61 pour cent des Canadiens sont en faveur d’une telle initiative alors que 17 pour cent seulement s’y opposent.

Les droits environnementaux et un nouveau pacte vert sont complémentaires. Le mouvement en faveur des droits environnementaux pourrait renforcer une version du pacte unique au pays et, à l’instar des soins de santé universels, en faire une source de profond changement et de fierté nationale. Les prochaines élections fédérales nous offrent une occasion unique d’interroger les candidats et les partis sur leur position à l’égard des droits environnementaux.

Né aux États-Unis, le Green New Deal doit son nom au New Deal, une initiative gouvernementale adoptée pour stimuler la croissance économique pendant la Grande Dépression. Le nouveau pacte vert américain fait écho à la demande générale d’un plan concret de lutte contre le changement climatique, l’injustice raciale et l’inégalité économique, et l’attrait de transformer plusieurs crises en possibilités. Il n’est pas tombé du ciel. Il résulte de longues années d’organisation populaire.

De la même manière, le mouvement de lutte contre le changement climatique s’est développé pendant des décennies au Canada, pour se cristalliser autour de l’opposition au subventionnement et à l’expansion de l’infrastructure des combustibles fossiles, et de l’urgence de désinvestir les fonds publics du charbon, du pétrole et du gaz. Le 15 mars, nous avons été témoins d’un mouvement formidable de la part des jeunes Québécois qui, comme leurs pairs partout dans le monde, ont quitté les bancs scolaires pour exprimer leur mécontentement dans la rue. Un nombre croissant de collectivités ont aussi mené une révolution de l’énergie renouvelable, dont les coûts continuent de chuter alors que les emplois du secteur connaissent une forte hausse.

Bien que la création d’emplois ait monopolisé l’attention, les principes de la justice environnementale sont au cœur du nouveau pacte vert et transparaissent en filigrane dans tout le texte. Ce pacte garantirait à tous les membres de la société un accès à l’eau potable et à l’air pur, aux aliments sains et abordables et à la nature. Il réglerait l’injustice systémique dont les répercussions disproportionnées liées à la pollution pèsent sur les collectivités vulnérables, notamment les enfants, les femmes enceintes, les aînés et les populations économiquement marginalisées. Ces répercussions englobent des taux élevés de fausses couches, l’asthme chez les enfants, le cancer et la mort prématurée. Ces mêmes populations sont aussi plus susceptibles de faire les frais de l’urgence climatique actuelle.

En 2017, le Comité permanent de l’environnement et du développement durable a souligné l’aggravation des risques pour l’environnement qui pesaient sur les collectivités vulnérables au Canada, dont les peuples autochtones, et a recommandé que le droit à un environnement sain soit juridiquement reconnu.

Depuis 2014, le mouvement Bleu Terre s’efforce de protéger les droits environnementaux au Canada. À l’heure actuelle, plus de 170 municipalités reconnaissent le droit à un environnement sain. À l’approche de l’élection fédérale du 21 octobre 2019, ce réseau national de bénévoles cherche à obtenir l’engagement de tous les candidats et députés. À ce jour, 90 députés ont signé l’engagement des députés pour les droits environnementaux, tout comme bon nombre de candidats.

Les estimations montrent que les Canadiens paient entre 6 et 15,4 milliards de dollars par année en coûts directs et indirects liés à une mauvaise santé environnementale. La reconnaissance des droits environnementaux pourrait réduire ce fardeau économique et sauver des vies.

L’adoption des soins de santé universels représentait un geste audacieux à l’époque, un geste qui fait maintenant notre fierté et nous distingue. La reconnaissance de la santé environnementale universelle serait une extension naturelle de cette valeur si chère aux Canadiens.

Nous devrions l’intégrer à tout plan concret pour régler la crise climatique et les problèmes qui y sont connexes, qu’il s’agisse d’un nouveau pacte vert ou d’un plan portant un autre nom.

La version anglaise de cet article a été publiée dans le Hill Times le 3 juin.