Par Nadine Légaré
7/17/2014

Jamais la démonstration n’a été si concluante de la nécessité de reconnaître le droit de toutes citoyennes et de tout citoyen – présent et futur – du pays de vivre dans un environnement sain. De l’air pur, une eau propre et des aliments sains, des produits non toxiques et une biodiversité florissante, tels sont les ingrédients essentiels à notre santé et à notre bien-être individuel et collectif.

Or, selon l’Association médicale canadienne et l’Organisation mondiale de la santé, l’exposition aux produits toxiques pour l’environnement est responsable de dizaines de milliers de décès prématurés, de millions de personnes souffrant de maux que l’on aurait pu prévenir et éviter, et donc de milliards de dollars consacrés annuellement aux soins de santé au Canada alors que nous pourrions investir dans la prévention.

En outre, ces chiffres – inquiétants en soi – camouflent surtout la réalité des gens derrière des données anonymes, des gens que nous connaissons et que nous aimons – amis, proches, collègues frappés par le cancer, l’asthme, maladies cardio-vasculaires et autres maladies souffrantes et débilitantes. Il est bon de savoir que bien de ces maladies et de cette souffrance pourraient être prévenues et évitées.

À l’heure actuelle, le Canada est l’un des pays riches et industrialisés les plus mal dotés en matière de réglementation environnementale. De fait, nous n’avons pas de normes nationales ayant force obligatoire en matière de qualité de l’air, pas de mesures obligatoires d’évaluation de la qualité de l’eau potable, et il est toujours permis au Canada de vendre quelque 1 000 pesticides qui sont interdits en Europe en raison de leur potentiel néfaste pour la santé et l’environnement.

Ironiquement, il y a tout de même un avantage à traîner de la patte : on a tout le loisir d’apprendre des autres. Rappelons que le droit de vivre dans un environnement sain est inscrit dans la constitution de plus de 110 états, ce qui représente plus de la moitié des pays dans le monde. L’expérience de ces états nous montre que la reconnaissance de ce droit recouvre un formidable potentiel – elle favorise l’adoption de lois environnementales plus strictes, une application plus rigoureuse de ces lois, et une participation citoyenne accrue au processus décisionnel en matière d’environnement.

Les éternels arguments opposant l’économie à l’environnement ne convainquent plus personne. Pensons à la Norvège, dont l’expérience réfute de manière incontestable l’argument voulant que la reconnaissance du droit de vivre dans un environnement sain coûterait des emplois et nuirait à l’économie au Canada. En effet, la Norvège, grand exportateur de pétrole et de gaz, a néanmoins inscrit dans sa constitution le droit de vivre dans un environnement sain et dispose de lois environnementales bien plus rigoureuses que le Canada, et l’État touche une part bien plus élevée des revenus tirés de ces ressources.

Selon le Conference Board du Canada, la Norvège se place loin devant le Canada à de nombreux égards – environnement, économie, politiques sociales et soins de santé. Aucun pays n’est parfait, la Norvège pas plus qu’un autre, mais on ne peut nier que ces réussites soient inspirantes. Alors, pourquoi les citoyennes et citoyens du Canada devraient-ils tolérer d’être traités comme des citoyens de seconde zone?

Le Canada est un grand et beau pays habité par des gens qui aiment leur coin de planète, mais nos gouvernements et nos entreprises nous laissent tomber en négligeant de protéger les gens et les lieux que nous aimons. Il est temps que soit reconnu notre droit à tous de vivre dans un environnement sain et que le Canada cesse de se traîner les pieds et s’occupe vraiment de l’environnement!

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *